l'ontologie de la maison

nous aurions donc une maison (m). qu'importent ses qualités physiques réelles, construites, matérielles. prenons n'importe quelle maison; le palais d'un prince, la villa d'un citoyen de classe moyenne, la tente d'un routard ou le pithos de diogène. la qualité de cette maison n'est explorée que dans une seule de ses composantes: sa grandeur. sa grandeur physique naturellement, non pas celle nobiliaire ou oenologique.

et cette grandeur n'est pas donnée, mais comparée avec l'idée (m') que l'on peut avoir de cette maison. et les questions issues de cette comparaison sont nombreuses. si (m) existe, par nature, et (m') n'existe pas, car sans nature, alors (m') est-elle une non-maison? comment comparer ce qui existe à ce qui n'existe pas? quel est le statut de (m')? est-ce une maison virtuelle? mais l'existence implique-t-elle la matérialité?

en fait, il me semble qu'il y a là une double question. ou plutôt que la question peut s'aborder, sans se saborder espérè-je, selon deux niveaux. la maison ou sa grandeur. dans l'interrogation principale ("votre maison est plus grande que je ne le pensais") il faut se demander si sont là comparées une maison à une autre ou à l'idée d'une autre, ou si ce sont deux grandeurs qui sont comparées.

dans la première sous-question, ce qui me tarabuste est l'existence de la maison et de son idée. est-ce que (m) existe parce que nous la nommons et la définissons? (m) n'existe-t-elle pas que par l'information que nous en tirons? ou (m) existe par sa matérialité? existe-t-elle indépendamment de nous ou en fonction de nous?

d'abord disons que les ouvriers qui l'ont construite ont les stigmates de son existence physique. leurs mains et leur corps attestent vraisemblablement de la matérialité de la maison. un maçon aura raison de rire si je remets en question l'existence de son mur.

néanmoins, si l'on accepte que la chose n'existe que par ce que nous savons d'elle, alors la maison existe en fonction de notre expérience sensible ou de notre expérience intelligible (ce qui revient presqu'au même d'ailleurs). par là j'élude la question en titre, mais, n'étant pas philosophe, je me le permets car ce qui m'intéresse n'est pas tant l'existence hors ou par nous que le comment de l'existence à nos yeux. je ne cherche pas la preuve ontologique de la maison, mais comment cette existence ce manifeste à nous.

donc, dans l'interrogation principale, il y a une maison comparée à son idée et cette question prend corps par la comparaison de qualité d'un attribut commun (la grandeur de la maison). d'ailleurs, cet attribut aurait pu être aussi bien la hauteur, la couleur, la position ou tout autre attribut relatif. relatif car, bien que mesurable, un instrument calibré (donc relatif à une norme) est nécessaire pour évaluer conventionnellement l'attribut.
a contrario, le nombre d'étages est calculables de visu, sans instrument, c'est donc là un attribut non relatif, mais absolu, quoique...

dès lors, la maison (m) ne devient, dans le moment de l'interrogation, existante que grâce à sa grandeur, à l'attribut de grandeur que nous lui donnons. je dirais même à l'information qualifiée par sa grandeur. en dehors de cette représentation mentale, qu'importe qu'elle existe, puisque dans l'interrogation rien ne dit qu'elle existe en dehors de celle-ci. certes une maison semble exister bien avant et bien après le temps fugitif de l'interrogation, mais auraient pu être mises en comparaison des particules élémentaires si éphémères que les physiciens eux-mêmes seraient à la limite de se demander si elles ne sont pas qu'hallucinations d'expérience.

dans le temps de l'interrogation est nommée également l'idée (m') de maison. et cette idée est également présente par l'information de grandeur qui lui est associée. nos deux maisons (m) et (m') coexistent alors, si n'est considérée que leur grandeur respective et comparée. l'information de grandeur les qualifiant les faisant coexister dans notre esprit. il existe bien dans notre esprit une maison grande et une maison petite. (m) étant dans ce cas la plus grande. mais l'existence "dans notre esprit" équivaut-elle à l'existence, tout court?

pour savoir si une chose existe,
a fortiori une maison, nous en avons une expérience sensible directe ou indirecte et nous nommons ses qualités. je vois la maison, je la touche, je l'entends, je la sens, je la goûte parfois. mais ce ne sont là que capteurs, stimuli et informations inconscientes puis conscientes. c'est par l'information la qualifiant que je sais si la maison existe. physiciens et philosophes explorent cette voie toute informationnelle de notre réalité (science & vie, n°1057, octobre 2005). la fiction aussi l'a explorée avec plus ou moins de science et de pertinence. sans être moi-même physicien, il est possible, du moins séduisant, que nous ne connaîtrions la réalité que par l'information que nous en tirons...

et si nous parlons de grandeur, qui peut être mesurée et calculable, intervient aussi cette interrogation de l'existence des mathématiques comme création de notre esprit (
science & vie, n°1080, septembre 2007). même si l'unité (m, pouce, li, etc.) n'a pas d'importance, c'est par la discrimination d'éléments particuliers et unitaires que nous abordons cette notion de grandeur comme élément de comparaison objectif (c'est-à-dire relatif à une norme conventionnelle extérieure à l'élément mesuré). ce qui constitue une information décrivant une réalité et non pas la réalité-même: "ceci n'est toujours pas une pipe".

mathématiquement nous avons alors la possibilité de comparer deux grandeurs, même en mathématique approximative par notre sens des nombres et des... grandeurs. il nous est possible de comparer les grandeurs des maisons (m) et (m'). par cette voie nous ne comparons pas les maisons mais une information de qualité propre qu'elles se partagent, bien qu'en quantités différentes. pourtant cette information qualifiante est tout ce que nous savons, à l'instant, des maisons (en dehors du fait qu'il y a un propriétaire (un locataire?, des propriétaires ou locataires?) et un narrateur qui n'est pas le propriétaire de la maison). elle acquièrent une existence par cette information. nous pouvons comparer une maison (m) à l'idée d'une maison (m') car toutes deux nous sont, sur le moment, intelligibles par leur grandeur.

bref, il n'y aurait pas de maison en dehors de notre esprit qui la fait exister car alors elle ne serait pas nommée, qualifiée,
informationnée. tout juste y aurait-il un amas de matière plus ou moins ordonné, mais voilà que j'imagine tout autre chose qu'une maison...

tout est temporel

le point spatial existe-t-il? du fait de son absence de dimension, peut-on dire que le point existe? n'est-il pas qu'une notion abstraite qui n'existe éventuellement que par rapport à un référent pour valider l'existence de ce référent? ainsi le point aurait des coordonnées. mais ce référent n'est-il pas lui-même un point? alors tous ces points ne devraient leur existence qu'à leur "solidarité", leur appui réciproque car chacun n'existerait que par rapport à un autre. et d'ailleurs l'origine d'un point, si elle est un point, peut très bien être le point lui-même. mais alors, la ligne, définie comme une succession infinie de points (pour sa description discrète, séquentielle) ou comme le déplacement d'un point (pour sa description continue) existe-t-elle malgré son unique dimension? et que dire de la surface engendrée par la ligne? et du volume issu de la surface?

bien sûr, si le mot existe, la notion qu'il exprime acquiert une relative existence. ainsi en est-il du signifié et du signifiant l'un pour l'autre. néanmoins comment représenter cela puisque lorsque je dessine un point en fait je dessine une surface correspondant, plus ou moins, à un disque? dès lors, pour rendre sensible l'existence du point et des éléments qui lui sont issus je ne peux que faire appel à des dimensions supérieures, ainsi le point et sa suite sont représentés par une surface dans un espace bidimensionnel et par un volume dans un espace tridimensionnel. avons-nous les capacités sensibles pour l'unidimensionnel ou, même, adimensionnel?

restons alors dans l'exercice de pensée. pour l'instant, nous considérons le point, la ligne et la surface comme des éléments de l'espace. du moins j'ai appris à l'école à travers des cours de géométrie euclidienne que ces éléments ce définissent dans l'espace et s'exprime soit par des coordonnées cartésiennes, soit par d'autres polaires. de cette manière je situe dans l'espace ce que je construis et me situe dans cette espace par ce/parce que je construis. admettons dès lors que notre point existe. mais est-il si spatial que cela?

comme le proposait
kandinsky sur un plan, pour tracer une ligne, je déplace un point et note soit les emplacements successifs de ce point, soit la droite reliant le point de départ à celui d'arrivée. dans cette seconde acceptation l'arrivée et le départ son interchangeables, se pose alors la question de la dynamique de leur relation. toujours est-il qu'il me semble possible de définir la ligne comme le déplacement d'un point. la ligne étant sa trace. puis, de proche en proche, avons-nous la surface comme trace de la ligne et le volume comme trace de la surface. quid de la trace du volume? mais cette trace n'existe-t-elle pas par le temps? un déplacement étant une relation entre le temps et l'espace (espace qui, je le rappelle, est mis en cause dans l'éventuelle existence du point). par l'immobilité sensible de la trace, il n'y a plus rien de dynamique et donc le temps semble ne pas être présent. on peut quand même considérer la trace comme le souvenir du temps.

d'ailleurs, si on revient sur la ligne comme étant une suite de points: combien y-en-a-t-il vraiment? a priori une infinité, puisque le point n'ayant pas de dimension, il s'en loge assurément beaucoup dans une ligne. qu'elle soit courte ou longue, la ligne aurait donc une infinité de point. si elle est longue, jusqu'à l'infini, d'accord, il y a des points jusqu'à cette extrémité. mais combien courte la ligne doit être pour ne retrouver que les points de départ et d'arrivée? autrement dit pour n'avoir une ligne composée que de ses deux bouts? et même une ligne si courte, devrait être composée d'une infinité de points, puisque le point n'est pas long d'une distance mesurable. est-ce à dire que deux points en valent une infinité? on voit que c'est bien difficile de considérer une ligne comme une suite d'éléments n'ayant pour ainsi dire pas d'existence.

la ligne ainsi prend son existence non pas dans l'espace (si le point n'y existe pas) mais dans le temps. et cette première dimension qu'affirme la ligne est née du temps. puis les dimensions introduites par la surface et le volume sont également nées du temps. les dimensions spatiales n'étant plus que traces du temps. l'espace n'est que temporel, est tout temporel.

bien sûr, je ne pose qu'une question.

(à suivre)