lavaux

les serpents ondulant et les moutons bondissant peuplent la crépitante ardoise bleutée du sage léman.

la muraille alpine aux rides blanchies se vrille et rougeoie dans les bras d’un soleil nostalgique.

les patients ceps transis reste blottis à leur échelle dans la terre sèche de leurs valeureux ancêtres.

quelques pierres se fendent dans l’appareil de soutènement et quelques vieilles herbes tremblent sous les indécises bourrasques.

plus haut les fiers conifères veillent au grain et conservent en leur ombre de malingres pelotes de neige.

un ciel limpide épais aux harmonies tendues coiffe cette miniature saisissante d’un dernier jour d’hiver.

printemps

mon coeur s'entortillait dans les lourdes vapeurs d'un triste printemps perdu. ce renouveau dont j'étais l’éternel absent.
ma jeunesse me prenait à la gorge. c’est au serin qu'elle frappait un bonheur enfuit dont je maudissait l'illusion.
je m'empêtrais dans l'apnée du souvenir. oui ! j’attendais l'hiver avec une chancelante désespérance, une terrible souvenance.

la houle

fils, aimeras-tu la houle ?
celle qui berce et qui fascine.
celle qui hausse nos cœurs et les chavire.
celle qui croise et recroise ses sœurs ennemies.
celle qui engloutit les espérants lointains.
celle qui déroule tant d’âmes naïves.
celle qui étrille nos êtres épars.
fils, aimera-tu la houle ?
celle qui charrie nos corps encore en vie.

lumière !

il n'y a qu'un soleil: celui qui se lève et qui se montre. alors là, oui, pour un instant, je le regarde, je l'observe, il est à mon horizon, il est mon égal, nous sommes amis. et puis l'angle se forme.
il m'assomme. j'esquive. lui tourne le dos.
alors, il m'offre le monde, me le révèle.
avant qu'il ne m'abandonne, honteux, et me laisse l'illusion de briller à mon tour.
jusqu'à notre prochain rendez-vous.

froid

il fait froid, tant mieux s'il fait froid.
j'ai besoin de ce froid qui engourdi.
ce froid qui rend sourd aussi.
celui qui tait les imprécations de l'âme.
celui qui ne décoche aucune larme.
et qui gèle les peurs qui sont en moi.

l'heur des jours

la douleur de ne rien dire, d'être si proche et de ne pas mentir
savoir ces sentiments communs, regretter déjà ces lendemains
la peur passée d'un présent lointain, se savoir suif sans en souffrir
vivre au mieux sa mélancolie, avoir le bonheur d'être en vie
et puis attendre d'en finir, avec le coeur encore en main.

de l'angoisse

il faut de l'angoisse. mais c'est désormais une autre angoisse. moins douloureuse. plus sourde, lente, lasse. qui a compris qu'elle ne partira plus. pourtant qui s'agite encore. comme un inexorable mouvement brownien. elle nie et veut oublier les feux de sa colère. elle recherche la paix. cette illusion mystique qui vibre tel un horizon lointain.